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14.9.22

Manifeste pour l'esthésie

Dans un monde où tout se dématérialise, même l'art, il me paraît urgent de ne pas perdre de vue les seules capacités expressément humaines que nous ayons héritées de l'évolution des espèces: le lien main-cerveau. Motricité fine, perception, esthésie, conscience, expression, capacités d'imagination et de création poétique et poïétique... J'aimerais développer chacun de ces points dans d'autres articles.

Hors de l'esthésie, à produire de l'art conceptuel et des images et objets commercialisables, sans doute consensuels, les artistes contemporains sont battus d'avance par la dite intelligence artificielle, qui fait déjà bien mieux.
Artistes contemporains, programmeurs, managers, traders à plus ou moins haute fréquence, mêmes producteurs ex nihilo de valeur artificielle décorrélée des besoins essentiels.

On parle d'art, on devrait plutôt dire marché.

On parle d'œuvre, il s'agit d'idée. Parfois, souvent, une seule idée se déclinant au fil de réalisations faites par de tierces petites mains (voir le procès Maurizio Cattelan / Daniel Druet) ou par des machines (cf la très bonne émissions sur France Culture sur la créativité)

Serions-nous, artistes sensibles (le comble est qu'il faille le préciser), les derniers laboureurs du potentiel spécifiquement humain?


Essais de couleur © Annik Reymond
Essais de couleur sur papier: plaisir du geste, de la couleur, de la texture du papier... Seulement pour l'artiste?


21.8.22

Où est la création?

 En tant qu'artiste, on n'a pas beaucoup le choix:

  1. On produit quelque chose (peu importe quoi), un poil provocateur pour avoir l'air iconoclaste-chic, on a des copains qui sont des gros requins de la finance, et on cartonne dans les ventes aux enchères, soutenu par les foires d'art contemporain, dans un cercle d'initiés qui s'auto-congratule et fabrique de la valeur en circuit fermé. Ça c'est la meilleure option.
  2. On fait de la déco pour divers contextes, plus ou moins à la mode, plus ou moins gnangnan, ou intello, ou opportuniste, plus ou moins cher suivant le public qu'on vise et les galeries auxquelles on accède. Option en-dessous de la première.
  3. Après il y a les salons les marchés où on vend tristement son jambon: option basse.
C'est tout.

Et la création ? Quelle création ?

À voir travailler mes pairs, je constate qu'ils ont toujours bossé comme des fous, passant des heures et des heures solitaires dans leur atelier, dépensant des sommes folles en matériaux... Mais pourquoi donc? Il y a tellement plus rapide et plus efficace pour obtenir argent, gloire, statut social... Seul le désir de création solidement chevillé au corps peut produire pareille folie. Mais de reconnaissance de cette puissance, de cette force, aucune.  

Alors dans le fond, qu'est-ce que c'est la création ? Est-ce qu'on se pose cette question quand il s'agit de poésie, de roman, de musique contemporaine, de jazz, de danse, de théâtre, de philosophie, de recherche scientifique? Il s'agit simplement d'un esprit de recherche. Une recherche de sens couplée à un grand sens de l'esthétique ou devrais-je dire de l'esthésie.

Mais bizarrement ça n'a pas droit de cité dans le domaine des arts visuels.

Alors, à moi, que me reste-t-il comme options puisque ce qui m'intéresse, plutôt que la production d'images, c'est la création elle-même? 

Je dois aller plus loin dans la recherche expérimentale, et qu'elle soit aussi au cœur du dispositif de monstration, puisque de fait c'est lui qui définit la grille de lecture de l'œuvre. 

En travail


14.7.22

Reprendre le fil

Après avoir tant manqué de place, s'y remettre... Le désir est là, intact, entier.

Mais la main! Mais la liberté... C'est une autre affaire. 

Il faudrait que j'y sois jour et nuit pour pouvoir enfin peindre comme je respire.





10.7.22

Un blog pour mes errances

On fait toujours comme si.

Comme si la création n'était faite que de produits finis, parfaits, léchés, accrochés aux cimaises.
Comme si la création n'était qu'un produit de consommation comme un autre.
Ne montrer que des travaux finis, ce n'est montrer que la surface. Ça correspond bien à l'époque, me direz-vous. 

Mais non. Si je crée, c'est au contraire pour fuir la surface, pour plonger dans les tréfonds, pour me goberger de l'ébullition du vivant des profondeurs.
J'ai envie de montrer les tripes de mon travail, les bagarres au quotidien, les errances, les erreurs. Les joies aussi : les surprises, les moments de grâce...

Les travaux en cours, les recherches sont pour moi le terreau de la création, et les œuvres finies une pauvre peau morte à accrocher au mur.

Je me suis toujours intéressée au processus de création, et la publication ou l'exposition de travaux finis n'en rend jamais compte. Cela conforte même le statut de décoration de l'œuvre, qui n'a pas beaucoup d'intérêt à mes yeux. Pire: l'œuvre finie elle-même ne me passionne guère. C'est le chemin qui y mène qui m'intéresse. 

Cet espace est dédié à cela : chercher, tâtonner, me tromper, mais adorer le faire. Sonder, fureter, débusquer ce qu'est l'humain à l'œuvre, et le dire.

Au passage, j'ai aussi envie de montrer l'ambiance de mon atelier, maintenant que j'en ai à nouveau un. C'est aussi cela qui me fait vibrer : cette ambiance de travail, les outils les couleurs prêts à être saisis, et toute la mémoire des moments qui s'y sont déroulés.

De longue date, un fil instagram y est d'ailleurs consacré.



Un coin de l'atelier












4.3.22

Guerre et paix

Oui la guerre fait rage en Ukraine.

Nous avions oublié qu'elle pouvait de dérouler ailleurs que (relativement) loin, chez des peuples dont nous préférions qu'ils ne nous ressemblent pas.

Nous avions, en guise d'exorcisme, soigneusement commémoré les victimes des précédentes, honoré la mémoire de leurs combattants, célébré les victoires et conspué les ennemis.

Mais nous n'avons pas fait la chasse aux germes des guerres. Ils ne sont pourtant pas bien loin: ils sont en nous. 

Tout ce dont l'humain est capable, nous en sommes encore capables, chacun. C'est de cela dont il aurait fallu de souvenir, plutôt que des camps opposés du passé.

Je ne suis nullement étonnée de cette guerre. Des années de crispation l'annonçaient, celle-ci ou une autre. La barbarie en cours n'est pas nouvelle. 

Mais regardons enfin en nous: chaque division entre les individus que nous opérons, chaque séparation est un germe de guerre. 

Regardons notre vocabulaire: il n'est constitué que de divisions:

Femmes, hommes, lgbt+etc, blancs, noirs, juifs, chrétiens, musulmans, OM, Juventus, socialistes, italiens, allemands etc, patriotes, jeunes, vieux, castes désignées par le jargon...

L'autre germe de guerre est ce qui est ancré en nous depuis la nuit des temps: l'avidité. C'est elle qui nous pousse à vouloir nous acaparer les ressources de l'autre, quelle qu'en soit l'échelle.

La seule chose qui nous différencie de nos lointains ancêtres de l'âge de pierre est la puissance de nos outils, qui, sous quelque angle qu'on la regarde, reste une puissance de destruction, même lorsqu'elle se veut constructive : voyez ce qu'en dit le giec.

En tant qu'artiste, je n'ai rien de plus à dire à l'occasion de cette guerre que je n'aie toujours exprimé, à savoir que chacun de nous est capable de l'ensemble de ce dont l'espèce humaine est capable, et que la seule issue s'il y en a une est de le voir en soi, d'en prendre l'entière responsabilité et d'arrêter instantanément toute attitude de séparation.

En tant qu'artiste, loin de moi l'idée de m'offusquer brusquement de la barbarie, d'illustrer la mort et la désolation, plus près de nous cette fois.

Non, je vais continuer à exprimer l'ensemble de ce qui est au plus profond de moi, qui est également au plus profond de chacun: 

La joie, la colère, l'avidité, l'amour, l'envie, le désir de destruction, la douceur...

En deux mots: la lumière, l'ombre.



Fusain sur papier © Annik Reymond 2014
Fusain sur papier, 80 x 120 cm, 2013

19.6.19

Peindre, c'est philosopher

Ce matin, j'avais à la fois envie d'écrire et de faire un test de marouflage de papier de riz chinois sur toile. J'ai pris l'option de faire les deux: réaliser mon marouflage en enregistrant ce que j'avais envie d'écrire, pour le retranscrire ensuite. 

Prendre note de cet enregistrement a été assez laborieux: je parle souvent dans ma barbe, ma voix est partiellement couverte par des bruits d'atelier... Mais j'ai finalement tout retrouvé, je crois.

En ce qui concerne le contenu, ce n'est pas la première fois que je remarque que j'ai les idées plus claires en travaillant à l'atelier qu'assise pour écrire. C'est comme si j'avais besoin du mouvement, des éprouvés de mon corps pour incarner ma pensée.

J'ai tenté de l'écrire tel quel, au plus près de ce que j'ai entendu, afin de saisir comment la pensée se déroule au fil de l'action, l'esprit à la fois tendu sur la tâche à accomplir et sur le déroulement des idées, portées par l'action.


J'espère seulement que ce sera lisible...

Si cela vous est possible, le mieux est de ne lire que le texte en plus gros caractères et de survoler le texte en italique, comme on lirait distraitement des didascalies.

Bon courage...!

Peindre, c'est de la philosophie en action (bruit de pas). Pourquoi, parce que quand on peint (bruits de papier froissé), quand on travaille à l'atelier, enfin moi, je suis à la fois (frottements, bruits de pas) euh, observatrice (papier qu'on lisse) agissante, et surtout observatrice de mes attitudes (lissage). Parce que quand j'ai pas la bonne attitude, c'est-à-dire que (bruits de pas, outils posés) c'est l'intellect qui désire, pff, je sais pas, des conneries en général, eh ben (voix qui diminue de volume, concentrée)je suis à peu près sûre de me planter, de ne rien arriver à faire de bon, de ne faire que du réchauffé. Donc, si je veux produire quoi que ce soit de bon, le paradoxe est de ne pas vouloir (pinceau qui frotte). Ça si c'est pas de la philosophie… Vouloir ne pas vouloir (bruit de pas)observer le vouloir, être, se connaître soi-même, être entièrement présent à soi-même… Tous ces trucs quoi (en bâillant…). (Bruits ténus de frottement)
L'autre aspect, c'est la philosophie expérimentale (frottements doux), pratique. Expérimentale je dirais, plus que pratique. Pratique c'est une application de principes préétablis, là c'est pas vraiment ça (frottements)c'est que (frotte) la pensée se développe et se construit au fur et à mesure de ce qui se déroule haha, je dis ça au moment où je suis en train d'enrouler ! Voilà, voilà, pif paf pouf, donc ça ça vient là, oh la vache, c'est dur ça, donc ça, pfff. J'ai écrit là au verso, euh (bruit de pas), c'est une pensée qui est forcément libre (cliquetis d'outils) parce que si elle ne l'est pas, elle n'est absolument pas en adéquation avec ce qui se passe dans l'instant présent (pas), et ça c'est vraiment intéressant (voix très concentrée), en tout cas c'est la façon dont moi je l'expérimente, mmh, bonté divine (frottements), ah! (bruits de pas, outils dans un pot en verre).
Donc ça oblige à une pensée sans cesse mobile (bruit de colle), qui est à la fois d'ordre technique, pratique (colle) comme ça pourrait se faire dans un cadre artisanal (grincement d'outil), mais aussi dans (grince), au niveau des sens (grince), des éprouvés (grince grince), c'est euh (grincements) quelque chose finalement (grince, grince, grince) d'extrêmement (grince grince) exigeant et (frottements) complet c'est de la folie. Ah, pourquoi j'ai mis ça si loin c'est du délire (outil qu'on pose)… Comment je mets ce machin… Allez. Bon faut que je roule ça un peu plus serré, parce que sinon ça va pas le faire. Mmh (frottement, colle). Allez viens coco (colle). Ah (colle), ffff. Mmh (grincements). 
marouflage - © Annik Reymond
Marouflage de papier de riz sur toile
Plus une présence à soi qui est (grince) non négligeable (grince, grince, grince). En tout cas moi c'est comme ça (frotte) que j'envisage (colle) euh la création (grince, grince). Et (grince grince grince) une des choses qui me motive (soupir… colle), c'est justement cette exigence (grince) qui me pousse (grince grince grince) à avancer (grince) dans ma vie (grince grince grince), ça c'est une des choses qui me motive (grince grince grince). La deuxième (grince), c'est la rencontre (grince grince grince). Voilà. Yo ! (bruit de pas) La vache…
Ce texte m'aura en tout cas bien fait rire dans son aspect à la fois haché et cohérent! 
Je ne sais pas ce qu'il en aura été de votre expérience de lecture...


25.5.19

L'aquarelle, ou le bord du gouffre

Ce que j'affectionne particulièrement dans l'aquarelle, outre le fait qu'elle me permet de tracer presque instantanément sur la surface, c'est qu'elle me pousse au bord du gouffre. 

Aussi bien l'acrylique que l'huile permettent des repentirs, des retouches, voire des recouvrement quasi infinis, à ceci près qu'à mesure que la couche de peinture s'épaissit, on perd de vue la lumière provenant du support. Mais on peut travailler, retravailler, re-retravailler jusqu'à satisfaction. 

L'aquarelle, elle, ne permet rien de tout ça: elle est d'une exigence folle. Une fois que la couleur est posée, il faut faire avec, et c'est exactement ce que j'apprécie.

Au début d'une peinture, la liberté est totale. On peut galoper dans un champ vierge, à sa guise, dans la joie et l'insouciance.
Puis, au fur et à mesure que les traces sont déposées, la marge de manœuvre se réduit, de plus en plus, jusqu'à ce que chaque touche représente un risque maximum: celui de tout détruire...

C'est ce risque qui me plaît et m'aiguillonne. Je me sens alors comme une équilibriste, avançant à pas extrêmement mesurés pour garder l'équilibre. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: de l'équilibre final de la peinture, du moins à mes yeux. 


Aquarelle sur papier © Annik Reymond 2019
Aquarelle sur papier 2019


5.5.19

De la perception des grands formats

Il y a bel et bien quelque chose de particulier dans le grand format, qui je crois tient au fonctionnement de la vision.

Il me semble que même de loin, on peine à percevoir la globalité du format, tant l'œil est attiré par la reconnaissance des détails.
Je pense aux Nymphéas de Monet du musée de l’Orangerie à Paris. Ils sont si grands que, occupant le mur tout entier, c’est comme s’il n’y avait plus de cadre. L’œil peut à loisir baguenauder dans l’espace, cherchant une zone, s’attardant sur un détail, le corps entier se met en mouvement pour parcourir l'espace. Cela me confirme dans l’idée que le grand format rejoint la perception du réel en annulant le cadre, du moins quand il est gigantesque. Entre les deux, l’œil hésite entre la perception des rapports du cadre et du contenu et la perception des détails.

À égale proportion de champ visuel, c'est une évidence mais mathématiquement c'est curieux, on ne perçoit pas du tout un petit format de la même manière qu'un grand. Bien sûr, lorsqu'on s'approche d'un petit format, on découvre tout à coup le grain du papier, le grain du pigment et les zones où il s'est accumulé par le séchage, et de multiples autres détails invisibles d'un peu plus loin. 

Mais la différence n'est pas dans la perception de ces textures fines. 
Lorsqu'on regarde un grand format occupant cette même proportion de champ visuel, le corps est en jeu: debout, dans un espace plus vaste. 
Il me semble que, debout devant un espace fictif, l'œil est amené par le corps à percevoir les rapports de masse, de couleur, de tonalité, ainsi que quantité de détails. 
Il y a bien une reconnaissance globale de ce qu'on voit, mais d'une dimension comme limitée, au-delà de laquelle on perçoit des éléments séparés, indépendants du format déterminé par le support.

Pourquoi cette limite? Notre œil porté par un corps debout dans un espace ouvert serait-il encore celui de l'homme de Neandertal, préoccupé de savoir si ce qu'il voit se chasse, se mange, ou est dangereux et qu'il faut courir?


Aquarelle sur papier, 110 x 144 cm, mai 2019


12.6.16

Ecrits à l’œuvre #11

Retrouver l'essentiel. Retourner aux sources. Etre, juste être et tracer.

Si je me laisse aller au savoir-faire, je suis en porte-à-faux: mes traces sont creuses. Si elles sont creuses, ça m'horripile. Et quand je suis horripilée, enfin, quelque chose de juste revient. Mais à quel prix…

45 x 45 cm, acrylique et graphite sur papier, détail. 7 fév. 17
45 x 45 cm, acrylique et graphite sur papier, détail. 7 fév. 17


7.2.11

Fragments d'atelier #1

Une nouvelle série. Ambiances et objets, petits morceaux du quotidien de la création vont peupler cette rubrique.

C'est mon fidèle crayon blanc, usé jusqu'à la corde, qui l'inaugure:
6.2.11

Ecrits à l'œuvre #10

Créer.

Effacer la mémoire.

Effacer le désir.

Etre dans le présent, et tracer.



2.2.11

Ecrits à l'œuvre #9

Etre dans le présent    

par inadvertance    

tracer



 
12.10.10

Ecrits à l'œuvre #8

Créer. Créer pour quoi, pour qui? Suite.

Grande est la tentation de créer pour la galerie, dans tous les sens du terme. Nous y sommes voués en quelque sorte : comment faire entendre notre parole si ce n'est en la confiant aux mains des professionnels, montreurs d'images, qui braquent la lumière sur nos élans de création ?

Non, créer, c'est d'abord pour moi que j'entends le faire. Tout d'abord un dialogue avec le papier, comme on se parle dans le miroir. Me sentir. Me trouver. Attendre cet instant électrique où tout s'aligne et prend place d'un seul coup. Persévérer, gratter de mes ongles jusqu'au sang: jusqu'à ce que ça vive; ajouter ou retirer des couches sans relâche, me garder du convenu, me battre jusqu'à l'exaspération parfois, salvatrice entre toutes.

Puis, cette parole inscrite dans le papier, aller à la rencontre de l'autre, mu par des vagues semblables aux miennes.



8.10.10

Ecrits à l'œuvre #7

Créer pour qui, pour quoi?

Créer pour soi, c'est un monologue. Une manière de parole in petto. Un grommellement, un borborygme. Comme on râle, on bougonne, on fredonne ou on s'emporte. Il n'y a pas de destinataire. C'est un circuit fermé, du cerveau à la main, de la main aux yeux, et ainsi de suite. Une eau sans cesse recyclée. Il n'y a pas d'apport extérieur non plus, pas d'eau fraîche au moulin, pas de poissons attirés par les tourbillons de l'oxygène, pas de barrage, pas de saut, pas de lac. Personne qui s'y baigne non plus, personne pour trouver l'eau douce ou trop fraîche. Pas d'échange. 
On ne crée du neuf que s'il y a adresse, alors le borborygme peut se hisser au stade de parole.






4.10.10

Ecrits à l'œuvre #6

Je me méfie comme de la peste de l'esthétique: le beau, le caractère, l'écriture, le su, le vu et le connu, bien que j'y succombe lorsque je baisse la garde...

Comme un édredon douillet, ils me prémunissent de l'esthesis, du sentir, qui seul me permet d'accéder à un geste chargé de sens.

Lorsque j'accepte de sentir pleinement, la pulsion motrice est générée de l'intérieur au lieu d'être guidée par ma mémoire, sans autre intervention de l'oeil que celle de placer ma main au bon endroit. Ainsi la trace parle.



29.9.10

Ecrits à l'œuvre #5

Dans le domaine de l'art comme dans celui de la nature, la forme n'a d'intérêt que si elle remplit une fonction.


La nature ne s'amuse pas à faire des arbres des fleurs et des machins jolis, non!


Elle ne fait pas œuvre, la nature, ni du beau, ni même de l'utile. Elle fait ce qui est nécessaire, de la manière la plus économique possible, un économique prenant en compte la globalité des interactions.


Il faut croire que c'est justement le plus économique qui est le plus généreux et le plus beau.


Je ne prétends rien de l'éventuelle beauté de la peinture que je publie ci-dessous. C'est une de celles qui m'a paru répondre à cette nécessité intérieure lorsque je l'ai réalisée.


25.9.10

Ecrits à l'œuvre #4

Contrairement au discours, la parole et la création ont l'avantage de ne pas transporter avec elles tout un cortège de représentations pré-établies. La difficulté est justement de ne pas parler avec des mots usagés.



22.9.10

Ecrits à l'œuvre #3

Lorsqu'il y a intention de produire un effet sur le spectateur, il y a manipulation. Lorsque la manipulation est cachée, nommée autrement, Art par exemple, ou Communication, il y a mensonge. Lorsque le mensonge est tu, eh bien, nous nous y habituons: pire, nous y participons.


19.9.10

Ecrits à l'œuvre #2

Lorsque je veux, rien ne va. 

Il n'y a que lorsque je suis en mesure de m'oublier que l'éventualité d'un reflet juste puisse se faire jour.


16.9.10

Ecrits à l'œuvre #1

Lorsque ma peinture est achevée, lorsque c'est «ça», lorsqu'elle est alignée avec ce que je ressens, c'est une satisfaction - parfois un soulagement aussi.

Je pose alors mes outils et regarde ma peinture: c'est une peau morte, une mue. Elle est la trace que j'ai réussi à rendre fidèle d'un instant, mais d'un instant passé. Elle a cessé de vivre.