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L'instant du geste

L’instant du geste…



À Annik REYMOND

L’instant du geste serait-il en même temps le geste de l’instant éphémère? Dans l’œuvre graphique d’Annik le mouvement répété de la main, le geste, inscrit sur la feuille blanche déployée un temps d’instant que l’encre a pour fonction de révéler. Et ce geste n’est dicté par rien qui soit entaché de la tentation d’un but quelconque, sans que ne s’opère l’idée d’une anticipation de l’objectif à mener, d’une finalité esthétisante. Ce mouvement du geste, par sa réitération infinie, par la jouissance de la réitération, vient en fait de la plus simple pulsion d’existence au milieu du temps, dans le temps et par lui, sur la paroi de la page sensible. La trace se révèle alors comme un miracle empreint d’une élégante fugacité, à la faveur de l’instant, par sa faveur même, l’encre ayant imprégné le papier récepteur.

Les gestes d’Annik, issus de la volonté créatrice, n’ont d’autre sens, lucidement, que celui d’une fulgurance initiant la vie présente. Et il s’agit ici de la vie de l’instant qui s’éteint aussi vite qu’il paraît sous nos yeux, que précède l’instant d’avant, dans un rythme que la pulsion créatrice permet de soutenir.

Il s’agit pour l’artiste d’amener le geste à naître aussi promptement qu’il s’élude pour renaître ensuite.

Annik eût pu utiliser l’eau au lieu de l’encre : le geste alors ne dût être autre chose qu’une pure trace potentielle. Mais heureusement l’encre vient rendre le geste visible et efficient, vient l’affirmer, afin de donner corps à l’intention et placer sous nos regards le résultat de l’impulsion créatrice. L’encre s’inscrit comme résultante d’un geste en même temps qu’elle fixe et éternise l’instant. Une calligraphie imaginaire s’inscrit sur la feuille qui n’est autre qu’un jeu de signes appelant la mémoire à entretisser des suggestions de paysages et de mondes imaginaires.

L’on ne peut donc regarder les pages impressionnées d’Annik que comme le souvenir laissé d’une dynamique de l’être ayant conduit à l’être du geste: c’est ce qui fait la force de la trace, colorée selon une variation d’intensité venant du pinceau ou de la brosse transmetteuse d’encre.

Les impressions qu’Annik Reymond livre à notre contemplation sont d’évanescentes traînées qui font mémoire. Comme ces queues d’étoiles filant sur les ciels de notre monde.

Joël-Claude MEFFRE

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