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19.6.19

Peindre, c'est philosopher

Ce matin, j'avais à la fois envie d'écrire et de faire un test de marouflage de papier de riz chinois sur toile. J'ai pris l'option de faire les deux: réaliser mon marouflage en enregistrant ce que j'avais envie d'écrire, pour le retranscrire ensuite. 

marouflage - © Annik Reymond


Prendre note de cet enregistrement a été assez laborieux: je parle souvent dans ma barbe, ma voix est partiellement couverte par des bruits d'atelier... Mais j'ai finalement tout retrouvé, je crois.
En ce qui concerne le contenu, ce n'est pas la première fois que je remarque que j'ai les idées plus claires en travaillant à l'atelier qu'assise pour écrire. C'est comme si j'avais besoin du mouvement, des éprouvés de mon corps pour incarner ma pensée.

J'ai tenté de l'écrire tel quel, au plus près de ce que j'ai entendu, afin de saisir comment la pensée se déroule au fil de l'action, l'esprit à la fois tendu sur la tâche à accomplir et sur le déroulement des idées, portées par l'action.

J'espère seulement que ce sera lisible...
Si cela vous est possible, le mieux est de ne lire que le texte en plus gros caractères et de survoler le texte en italique, comme on lirait distraitement des didascalies.

Bon courage...!

Peindre, c’est de la philosophie en action (bruit de pas). Pourquoi, parce que quand on peint (bruits de papier froissé), quand on travaille à l’atelier, enfin moi, je suis à la fois (frottements, bruits de pas) euh, observatrice (papier qu'on lisse) agissante, et surtout observatrice de mes attitudes (lissage). Parce que quand j’ai pas la bonne attitude, c’est-à-dire que (bruits de pas, outils posés) c’est l’intellect qui désire, pff, je sais pas, des conneries en général, eh ben (voix qui diminue de volume, concentrée)je suis à peu près sûre de me planter, de ne rien arriver à faire de bon, de ne faire que du réchauffé. Donc, si je veux produire quoi que ce soit de bon, le paradoxe est de ne pas vouloir (pinceau qui frotte). Ça si c’est pas de la philosophie… Vouloir ne pas vouloir (bruit de pas)observer le vouloir, être, se connaître soi-même, être entièrement présent à soi-même… Tous ces trucs quoi (en bâillant…). (Bruits ténus de frottement)
L’autre aspect, c’est la philosophie expérimentale (frottements doux), pratique. Expérimentale je dirais, plus que pratique. Pratique c’est une application de principes préétablis, là c’est pas vraiment ça (frottements)c’est que (frotte) la pensée se développe et se construit au fur et à mesure de ce qui se déroule haha, je dis ça au moment où je suis en train d’enrouler ! Voilà, voilà, pif paf pouf, donc ça ça vient là, oh la vache, c’est dur ça, donc ça, pfff. J’ai écrit là au verso, euh (bruit de pas), c’est une pensée qui est forcément libre (cliquetis d’outils) parce que si elle ne l’est pas, elle n’est absolument pas en adéquation avec ce qui se passe dans l’instant présent (pas), et ça c’est vraiment intéressant (voix très concentrée), en tout cas c’est la façon dont moi je l’expérimente, mmh, bonté divine (frottements), ah! (bruits de pas, outils dans un pot en verre).
Donc ça oblige à une pensée sans cesse mobile (bruit de colle), qui est à la fois d’ordre technique, pratique (colle) comme ça pourrait se faire dans un cadre artisanal (grincement d’outil), mais aussi dans (grince), au niveau des sens (grince), des éprouvés (grince grince), c’est euh (grincements) quelque chose finalement (grince, grince, grince) d’extrêmement (grince grince) exigeant et (frottements) complet c’est de la folie. Ah, pourquoi j’ai mis ça si loin c’est du délire (outil qu’on pose)… Comment je mets ce machin… Allez. Bon faut que je roule ça un peu plus serré, parce que sinon ça va pas le faire. Mmh (frottement, colle). Allez viens coco (colle). Ah (colle), ffff. Mmh (grincements).
Plus une présence à soi qui est (grince) non négligeable (grince, grince, grince). En tout cas moi c’est comme ça (frotte) que j’envisage (colle) euh la création (grince, grince). Et (grince grince grince) une des choses qui me motive (soupir… colle), c’est justement cette exigence (grince) qui me pousse (grince grince grince) à avancer (grince) dans ma vie (grince grince grince), ça c’est une des choses qui me motive (grince grince grince). La deuxième (grince), c’est la rencontre (grince grince grince). Voilà. Yo ! (bruit de pas) La vache…

Ce texte m'aura en tout cas bien fait rire dans son aspect à la fois haché et cohérent! Je ne sais pas ce qu'il en aura été de votre expérience de lecture...

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